Le Sénégal c’est d’la balle au SIAL!

Mercredi 24 octobre, Villepinte.

Le plus grand salon international sur l’alimentation

Après une virée lyonnaise au Natexpo, on s’attaque au SIAL: Salon International de l’Alimentation. Et c’est un sacré morceau! En quelques chiffres (merci à ZePros News*): 7200 exposants venus de 119 pays, 310 000 visiteurs (75% d’internationaux), 650 startups, 400 000 produits et une surface d’exposition équivalente à 100 supermarchés… On a tellement marché que je me suis foulé la cheville gauche, et c’est pas une blague.

Hall SIAL
Une des 8 halles du salon…

Difficile de ne pas trouver son bonheur ici, tellement les produits présentés couvrent absolument tous les domaines: de l’épicerie fine aux géants des produits laitiers et carnés, en passant par les tablettes de légumes bio, les céréales petit déjeuner au quinoa, et même l’alimentation animale. La plupart des pays sont représentés, et disposent de leurs pavillons nationaux. Certains sont gigantesques, on pense notamment au Brésil et à l’Argentine, où l’on a même assisté à une grillade party en direct!

Nous commençons par un passage express au stand de l’Épicurien. La cousine d’Edouard y travaille, et une fois n’est pas coutume, parlons un peu des produits régionaux (Occitanie et même Hérault, la société étant située à Le Bosc). L’occasion de découvrir des nouveaux produits et notamment la gamme « Pop Fruits », de délicieuses purées de fruits à utiliser en cocktails, verrines ou nappages.

L’Épicurien
Les confitures/chutneys et les Pop Fruits de l’Épicurien

Les produits africains en ligne de mire: place aux fruits secs

Nous attaquons ensuite par des ingrédients en lien direct avec l’Afrique, et plus particulièrement les fruits séchés et fruits secs. Nous partons ainsi à la rencontre du très amical fondateur de BC Agro fruits secs (aujourd’hui Base Organic Food), « société française spécialisée dans la création de filières de production de fruits secs, graines, céréales exclusivement biologiques à travers le monde ». L’occasion de passer à table de bon matin et de déguster la mangue séchée et la cajou du Burkina ou encore la noix de macadamia du Kenya (même si origine non africaine, mention spéciale à la banane séchée!). La plupart des produits sont bio et équitables. Base Organic a également conçu une machine qui permet de faire de la purée d’oléagineux (noix, amandes etc), en conservant les minéraux et les vitamines.

Au détour d’une allée nous rencontrons la société Hpw Ag, qui propose une gamme intéressante de fruits séchés, tous originaires du Ghana: mangue, coco et ananas.  Le site de transformation, situé non loin de la capitale Accra, est un des plus importants d’Afrique pour les fruits séchés. Il a un impact fort sur toute l’activité économique de la région, en employant près de 1 000 personnes sur les pics de production. Le responsable du site nous explique le fonctionnement éco-responsable de l’usine. Les déchets issus des noix de coco sont par exemple utilisés comme biomasse pour alimenter le système de séchage des fruits, et les pelures des fruits comme biogaz. La société a également investi dans l’énergie solaire. Une fois l’aspect technique et commercial passé en revue, place à la dégustation! J’ai été conquis par la saveur légèrement acide et sucrée de la mangue séchée, préparée en lamelle, en cube et aussi en petites boules, commercialisées sous la marque « Tropicks ». Pratique pour du snacking!

Nous sommes également passé(e)s par le stand de Fruit Gourmet pour une dégustation de fruits séchés réhydratés. L’objectif de ce processus est d’augmenter la durée de conservation, et retrouver l’aspect d’un fruit « frais » par la suite, avec une texture tendre et moelleuse. Un passage par le pavillon Afrique du Sud nous a ensuite permis de rencontrer un fournisseur de raisins secs, et d’en apprendre plus sur les différentes variétés.

Céréales africaines

Dans nos pérégrinations sur les ingrédients africains, nous nous intéressons depuis le début aux céréales. Fonio, sorgho, petit mil, teff…autant de céréales originaires et cultivées en Afrique, et ce depuis depuis des siècles, voir des millénaires pour le fonio. Résistantes à des conditions climatiques de culture extrêmes, elles nécessitent peu d’eau, et, cerise sur le gâteau, elles sont sans gluten, très digestes, avec un indice glycémique bas. Certaines sont aussi riches en acides aminés essentielles et en protéines. Elles sont donc bonnes pour l’environnement et pour la santé. Nous nous rendons sur le Pavillon africain et échangeons avec Danaya Céréales, producteur malien de diverses céréales et préparations: fonio, diouka, couscous de mil (le fameux thiakry), farines de maïs…

Puis, nous partons pour le stand de Baonane. Baonane est une société sénégalaise avec qui nous avions déjà échangé à distance. C’est un important fournisseur de matières premières végétales, et notamment de dérivés du baobab: poudre, feuilles, graines, huiles… Baonane travaille également sur la mangue, le sésame ou encore l’hibiscus. Nous sommes chaleureusement accueilli(e)s par les fondateurs Adama et Martin. Si nous sommes au SIAL aujourd’hui, c’est surtout grâce aux invitations qu’ils nous ont gentiment envoyées! Située près de Kaolack au Sénégal, Baonane exerce depuis 2013. Partie avec une construction modeste, la société est aujourd’hui en pleine croissance avec deux entrepôts et un grand atelier. Adama et Martin nous racontent plus en détail l’histoire de Baonane et la quantité de travail qu’il a fallu fournir pour en arriver là. Nous échangeons également sur les céréales africaines, et plus particulièrement le fonio et le mil, que la société fournit. Et en bio en plus!

Nous repartons de cet échange revigoré(e)s et plein d’entrain pour notre projet. Pour rester dans le monde des « céréales », nous rencontrons deux producteurs et spécialistes des céréales petit déjeuner (muesli, barres…), Dailycer et Markal.

Innovations

Pour finir la journée, direction l’entrée du hall 6, avec les espaces SIAL Innovation et Foodtech. Le Futur Lab « Foodtech » regroupe les jeunes pousses de l’alimentaire, c’est l’occasion pour nous de s’inspirer des startups qui se lancent, comme La Mère Mimosa (et ses délicieux granola que nous avons dégusté). Côté innovations, un vaste espace présente les nouveautés 2018, celles que nous verrons dans nos rayons et nos assiettes prochainement. Les tendances sont claires: retour au produit naturel, le moins transformé possible, qui assure de la transparence au consommateur, tout en apportant de nouvelles « expériences plaisirs »: kéfir, graines de quinoa, tablettes de légumes, insectes, super fruits…autant d’ingrédients et de concepts qui sont à suivre de près.

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Merci SIAL 2018, on se revoit en 2020!

Edouard

*https://tokster.com/article/le-sial-fait-le-bilan–2

La FABIC

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Jeudi 7 juin, Montpellier.

C’est par une belle journée de début d’été (le soleil s’est enfin installé dans le Sud) que nous nous retrouvons dans le jardin de la boulangerie artisanale Drôle de Pain. Nous avons été conviés à un afterwork organisé par la FABIC: la Fabrique d’Innovation Culinaire. La FABIC est une entreprise créée par Laure Barbaza en 2017, dont l’idée est de mettre à disposition des cuisines professionnelles partagées. C’est en quelque sorte le premier « Airbnb » de la cuisine pro.

La start-up propose également d’autres services, que l’on peut résumer ainsi (ok j’ai piqué directement les infos du site internet): « des tarifs préférentiels sur des matières premières aux utilisateurs FABIC / la mise à disposition de chefs / l’organisation de pools de consommateurs / la mise en réseau avec d’autres professionnels (photographe culinaire, agence spécialisé de communication, distributeurs…) »

Autant de services qui seraient à même de nous intéresser, car nous recherchons à la fois un cadre professionnel pour cuisiner, un chef qui élaborerait nos recettes, des potentiels clients pour tester nos produits, et l’accès à un carnet d’adresses.

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Ambiance détendue dans le jardin de Drôle de Pain / Photo©Les 3 Grâces

Laure est diplômée de Sciences Po, formation complétée par un master en intelligence économique. Après ses études, elle a travaillé durant 5 années dans le domaine du conseil, puis a décidé de tout arrêter pour se consacrer à sa passion, la cuisine. Elle monte sa propre pâtisserie, Les Gourmandises de Baba, et passe en parallèle le CAP Pâtissier. C’est en se lançant dans cette aventure qu’elle se rend compte des difficultés, notamment financières, que peuvent rencontrer les entrepreneurs dans le milieu culinaire:  le coût d’un matériel de cuisine professionnel et d’un accès à des locaux adaptés est très élevé. L’idée de la FABIC commence alors à germer.

Laure
Laure, fondatrice de la FABIC / Photo©FABIC

Aujourd’hui 8 cuisines sont disponibles sur Montpellier, nous avons eu l’occasion d’en visiter une sur le secteur Millénaire. Drôle de Pain a été le premier partenaire qui a fait confiance à Laure. La FABIC est parrainée par le Cl’hub des Chefs d’Oc, qui regroupe 13 chefs de restaurants gastro de Montpellier. En plus de ce parrainage, la start-up est accompagné par des Ambassadeurs, principalement des formateurs et des chefs cuisiniers. C’est un de ces chefs, Arnaud Bourg-Broc, que nous avons l’occasion de rencontrer pendant l’afterwork, et a qui nous avons présenté notre idée. Arnaud est le chef de la maison pâtissière Certifié Toqué. Il a récemment concouru, avec son équipe, dans l’émission Le Meilleure Pâtissier: les professionnels sur M6. Cela valait bien une petite photo pour l’Instagram de Monia! Nous avons aussi eu l’occasion d’échanger avec des formateurs, un photographe culinaire et un spécialiste des fruits et plantes tropicales.

Arnaud
Monia en compagnie d’Arnaud, chef de la maison Certifié Toqué

Laure nous a également mis en relation avec un second chef de la région, François Jacques, que nous avons eu l’occasion de rencontrer peu de temps après dans son atelier du Gard. Il sera l’objet d’un prochain article…stay connected!

Edouard

 

 

Nos dernières rencontres à Dakar

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Cela fait un petit moment que nous n’avons pas publié, mais il y a une bonne raison à cela : le projet a beaucoup évolué et s’est précisé depuis notre retour en France!

Pour autant nous n’avons pas oublié nos dernières rencontres lors de notre séjour au Sénégal, que nous avons voulons vous retranscrire, comme si on y était encore 🙂

 

Vendredi 20 avril, Dakar.

Aujourd’hui nous nous rendons dans le quartier MERMOZ, à la rencontre de la merveilleuse équipe de SOORETUL. L’accueil est des plus chaleureux, c’est Seydou (en charge du marketing et de la communication) qui vient nous chercher car nous nous étions un peu (beaucoup) perdus. Nous nous installons dans la pièce où l’équipe travaille, en compagnie d’Awa, la fondatrice de SOORETUL, et d’Alioune, en charge de la livraison et de la relation clientèle.

Discussion
En « grande » discussion avec Awa Caba, fondatrice de SOORETUL

SOORETUL, fondé en 2014, est la première plateforme digitale de promotion et de vente en ligne des produits agricoles transformés au Sénégal. L’entreprise permet aux femmes sénégalaises, actrices de la transformation, d’être beaucoup plus visibles et de commercialiser leurs produits à l’échelle nationale et internationale. En effet, pour les femmes n’ayant pas de boutique physique, la seule solution pour vendre sont les foires agricoles annuelles comme la FIARA, mais qui ne durent que quelques jours. 15 PME de femmes transformatrices travaillent aujourd’hui en collaboration avec SOORETUL, soit au total 2500 femmes concernées, et plus de 400 produits sont référencés sur la plateforme (céréales locales, confitures, jus, sirops, conserves, produits halieutiques, cosmétiques…). Les consommateurs commandent en ligne et peuvent soit venir récupérer leur commande, soit être livrés chez eux. SOORETUL propose aussi un service traiteur pour les entreprises, ainsi que du contenu en ligne, comme l’élaboration de recettes.

Un des challenges de l’entreprise aujourd’hui, est de pouvoir répondre à la demande de la diaspora sénégalaise présente en France (et en Europe), qui est en recherche des produits « du pays ». La demande est également forte au Canada et aux Etats-Unis, où la diaspora sénégalaise est très présente.

Au fil de la discussion, Awa met en avant les bienfaits des plantes naturelles et céréales locales, comme le fonio, céréale sans gluten adaptée notamment aux personnes diabétiques. La problématique étant que ces produits ne sont pas ou peu valorisés d’un point de vue scientifique (recherche, documentation). Il y a là un vaste champ de possible pour faire gagner ces ingrédients en popularité et en crédibilité. Le moringa par exemple, souvent ajouté dans les plats sénégalais sous forme de feuilles séchées (pour faciliter la digestion), est peu valorisé sous forme de poudre ou de graines comme c’est le cas en Europe (utilisé notamment pour faire des cures), où les bienfaits du moringa sont de mieux en mieux connus et documentés.

Nous avons abordé les problématiques de la création d’entreprise au Sénégal, et SOORETUL nous a donné une vue globale de l’écosystème tech agricole, ainsi que de l’environnement légal et normatif. Nous avons passé un peu de temps dans l’entrepôt de stockage pour mieux connaître les produits, et nous ne sommes évidemment pas repartis les mains vides !

Entrepôt
Un petit tour du côté de l’entrepôt !

L’entrevue s’est finie par une séance de shooting photo autour de la bannière de l’entreprise, dans la bonne humeur. Un grand merci à l’équipe de SOORETUL pour cet accueil exceptionnel !

Photo shoot
Avec Seydou et Alioune, le classique photo shoot

 

Samedi 21 avril, Dakar.

Aujourd’hui direction le quartier Sacré Cœur à la rencontre de Babacar BIRANE, co-fondateur de CONCREE. CONCREE est une plateforme en ligne de mise en relation entre d’un côté, des startups, et de l’autre, des investisseurs, des mentors et d’autres entreprises qui peuvent apporter leurs compétences (réseau social avec boite de chat). Elle permet aux jeunes entreprises de nouer des contacts et de rencontrer de potentiels investisseurs en indiquant clairement leur stade de développement (idée, test concept, test marché etc) ainsi que leurs besoins (conseils, échanges de compétences, partenaires, espace de travail…). La plateforme met également à disposition un ensemble d’outils de business planning. CONCREE apporte donc des solutions « face aux problèmes rencontrés par les entrepreneurs dans leur recherche d’accompagnement, de collaborateurs et de financement ».

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L’entreprise se développe aujourd’hui sur l’idée, selon les mots de Babacar, « du Uber de l’accompagnement ». Autrement dit, avoir en partie le rôle d’un incubateur mais en ligne, sous la forme d’une communauté, avec un accès à un package de services : formation, suivi, travail sur le business plan, mis en relation avec des investisseurs, travail sur le juridique… La communauté est à ce jour composée d’environ 800 membres basés dans 30 pays.

CONCREE étant spécialisé dans l’accompagnement d’entreprises, nous en avons profité pour exposer à Babacar une idée qui germait dans nos esprits, à savoir la valorisation des plantes et fruits sénégalais en France, sous forme de produits transformés. Il nous a donné plusieurs pistes de réflexion : la création de valeur ajoutée, le packaging des produits agro, l’impact social direct en générant des revenus, la mise à profit de nos compétences, ou encore le cadre juridique de la création d’entreprise. Il nous a aussi donné une idée plus précise du fonctionnement de l’écosystème entrepreneurial au Sénégal.

Nous avons beaucoup apprécié cet échange avec Babacar, qui est une personne très ouverte et sympathique. Et nous avons fini par la traditionnelle séance photo autour du kakémono de CONCREE !

Babacar
En compagnie de Babacar, co-fondateur de CONCREE

 

Lundi 23 avril, Dakar.

C’est par un bel après-midi à Dakar que nous nous sommes rendus au café-restaurant chez Lulu pour déjeuner avec Eva Sow Ebion. Elle nous a fait découvrir cet endroit plein de charme situé au niveau de la corniche Ouest, qui propose également des fournitures de maison. Eva a une longue et solide expérience dans l’accompagnement d’entreprises innovantes. Elle a notamment travaillé pendant plus de 5 ans au CTIC de Dakar, le premier incubateur TIC (Technologies de l’Information et de la Communication) lancé en Afrique de l’Ouest. Eva est arrivée avec un grand sourire et a sorti de sa besace, tout au long de notre entretien, plein d’idées et de conseils par rapport à nos envies d’entreprendre. Ayant aujourd’hui sa propre société de coaching, elle collabore principalement avec des institutions africaines comme l’UEMOA et l’Union Africaine, ainsi que des Ministères (Bénin, Togo, Djibouti…), pour la mise en place de programmes d’accompagnement et d’incubateurs à destination des entrepreneurs.

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Difficile de faire un résumé tant le nombre de sujets abordés était grand!

Nous avons discuté de la création de la chaîne de valeur dans le domaine agricole (production, conservation, transformation, packaging, promotion des produits made in Sénégal). Pour Eva la valorisation des produits transformés sénégalais doit passer par un accompagnement global, notamment sur le packaging, qui est aujourd’hui peut adapté à l’export. Mais aussi sur les normes !

Eva nous apporté des pistes de réflexion sur la valorisation de nouveaux produits peu connus en Europe. Elle a établi le même constat que SOORETUL sur la faible valorisation scientifique des plantes et fruits sénégalais.

Nous avons également abordé les problématiques de la certification Bio ou encore de la traçabilité des produits agricoles. Elle-même étant la fondatrice de NDOUGI, une plateforme de livraison de paniers de fruits et légumes bio au Sénégal, elle nous a conseillé sur la vente via les plateformes en ligne. De son expérience, le point le plus sensible dans ce secteur reste le nombre trop faible de producteurs, ce qui peut se traduire rapidement par une tension sur l’offre de produits disponibles. Il faut donc diversifier autant que possible son réseau de producteurs et penser à organiser sa propre production. Il y a peu de produits certifiés Bio au Sénégal. Pourquoi ? Principalement à cause du coût que cela représente. En effet il n’y a pas d’organisme de certification Bio et il faut donc se tourner vers des organismes étrangers comme Ecocert pour obtenir ce label.

Eva
Eva, Tech Ecosystem Lover

Pour ceux comme nous qui veulent démarrer un projet entrepreneurial, le financement est aussi un point crucial. Parmi les diverses sources possibles, Eva nous a parlé de la Direction à l’Entreprenariat Rapide (DER). Macky SALL, le président de la République du Sénégal, a créé cette direction et y a injecté 30 milliards de FCFA exclusivement dédiés aux femmes et aux jeunes entrepreneurs. Pour les sénégalais de la diaspora vivant en France et ayant un projet entrepreneurial au Sénégal, il a également été question du Programme d’Appui aux Initiatives de Solidarité pour le Développement (PAISD).

Eva nous a parlé et mis en relation avec plusieurs de ses contacts, dans le domaine agro/cosmétique, ou encore e-commerce (ShopMeAway que Mathy a eu l’occasion de rencontrer).

Nous avons passé un très bon moment, tellement que nous avons oublié la photo-souvenir de groupe. Merci Eva  et bon vent pour tous tes projets!

Mathy et Edouard

OuiCarry

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Samedi 14 avril, Dakar

Aujourd’hui, direction le centre de Dakar pour une rencontre avec Oumar YAM, co-fondateur de la société OuiCarry. Armé(e)s de notre appareil photo caméra, de notre calepin et surtout de notre enthousiasme pour ce deuxième RDV entrepreneurial, nous arrivons avec 15min d’avance. Oumar nous réserve un accueil chaleureux et nous invite à s’installer dans son bureau. Auparavant il s’agissait de la salle de réunion, mais l’équipe s’étant rapidement agrandie au cours des deux dernières années, la pièce n’était plus adaptée !

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Oumar Yam, co-fondateur de OuiCarry

OuiCarry est une SAS fondée en 2012 par Oumar YAM, Youssou NDIAYE et Olab ADJOVI. Aujourd’hui, l’entreprise compte 20 personnes. Elle propose un service de livraison qui fait le lien entre des sites de vente en ligne internationaux et des particuliers au Sénégal, et désormais aussi des entreprises. Envie de cette robe vue sur le site de Zara ou de ce smartphone sur Amazon, mais impossible de se faire livrer directement chez vous au Sénégal ? Aucun problème, vous payez en ligne en mettant l’adresse de OuiCarry en France, en Chine, ou aux USA. Une fois livrée dans sa succursale parisienne, ou via ses partenaires chinois et américains, l’entreprise organise l’acheminement jusqu’à Dakar, puis distribue les produits à travers tout le Sénégal. Vous n’avez pas de carte bancaire ? OuiCarry vous encaisse le montant du prix de l’article en cash et vous payez la prestation logistique à la livraison en cash ou par Orange Money.

Oumar a effectué un Master en Economie, spécialité transport et logistique, à l’Université de Montpellier. Rentré au Sénégal dans la foulée, il a dans un premier temps crée avec Youssou la société Speed Mail Service (entre temps devenue PanExpress), qui faisait de la livraison au niveau local. Assez vite, ils souhaitent s’internationaliser et concurrencer les « grands » de la livraison présents sur place, comme DHL, Bolloré ou La Poste, qui pratiquent des prix rédhibitoires pour la plupart des sénégalais. Oumar se rend également compte qu’il ne peut plus effectuer aussi facilement les achats en ligne qu’il réalisait lorsqu’il vivait en France, et doit souvent attendre plusieurs semaines avant que quelqu’un puisse lui ramener le colis. L’idée commence alors à germer. Olab, basé sur Paris, cherche des partenaires présents au Sénégal. Dans un 1er temps le projet est de concurrencer les colis GP, le seul système permettant de se faire livrer des produits non disponibles au Sénégal et à un coût abordable. Mais il faut souvent attendre des semaines avant l’arrivée du particulier qui voyage et transporte le colis avec lui. Cependant le business model n’est pas viable, et Speed Mail décide de se spécialiser sur la clientèle e-commerce : OuiCarry est née !

A partir de Dakar, la société livre en 24-48h partout au Sénégal. Elle utilise sa propre flotte pour livrer à Dakar, et un sous-traitant pour livrer en région. Contrairement à ce qui est souvent dit du Sénégal, la principale problématique de livraison (du moins pour OuiCarry) n’est pas l’adressage. L’entreprise connait parfaitement le terrain et avec un numéro de téléphone, arrive toujours à trouver son client. La difficulté est plutôt du côté du paiement, avec des personnes qui doivent sortir de chez eux à l’arrivée du coursier pour trouver l’argent ou faire la monnaie au bout de la rue.

Divisée en 3 départements, Logistique, Finance et Commercial, c’est la partie service client qui est la plus importante, car beaucoup de chemin reste à parcourir pour sensibiliser les consommateurs sénégalais au e-commerce (certains clients viennent même dans les locaux de OuiCarry pour décrire le produit qu’ils recherchent, car ils ne savent pas utiliser l’ordinateur et internet). Pour Oumar, c’est la principale force de OuiCarry, en plus de l’assurance transport proposée en cas de perte ou de casse.

Une partie de l'équipe de Ouicarry à Dakar
Une partie de l’équipe de OuiCarry à Dakar

Depuis 2012, 4000 personnes ont déjà utilisé le service, dont un grand nombre de « fidèles ». Les produits commandés sont principalement du textile (habits et chaussures) et de l’électronique. La majorité des commandes sont faites par e-mail, et le paiement réalisé en cash (90% des commandes). Les principales zones de consommation correspondent aux pôles universitaires (Dakar, Saint Louis, Ziguinchor et Touba) et à la ville de Saly (lieu de résidence de nombreux expatriés).

OuiCarry prévoit de se développer sur l’Afrique de l’Ouest. Le marché sénégalais est en effet encore trop petit pour qui compte réellement développer son business. L’internationalisation est donc une nécessité, même pour un marché de niche. L’entreprise a déjà testé son système au Mali, au Togo, au Bénin et en Côte d’Ivoire. Pour Oumar, une présence sur place nécessiterait une seconde levée de fonds (après une première levée début 2017, effectuée auprès de Teranga Capital). Une des principales problématiques au Sénégal reste la fiscalité des entreprises, assez lourde (on peut citer la patente, taxe sur les loyers qui va bientôt passer de 10 à 15%) ; pour faire simple, l’Etat ne fera pas de différence entre une startup qui n’est pas encore rentable et un grand groupe qui fait des bénéfices.

La société a démarré sa communication, comme de nombreuses startups ici, en misant sur Facebook et le bouche à oreille. Puis elle a élargi sa com avec un blog, une newsletter et en optimisant son référencement. Selon Oumar,  la principale difficulté est de trouver des compétences qui permettent de réaliser une com ciblée directement sur la clientèle visée par OuiCarry, dans la mesure où la société est un intermédiaire.

Parmi ses partenaires clés, OuiCarry compte la Sonatel (Orange), dont elle a remporté le prix Orange Fab en 2016. Cela lui a permis d’occuper des locaux dédiés et de bénéficier d’une importante visibilité, de conseils pour professionnaliser la startup, ainsi que d’un large carnet d’adresse. Nous avons en effet remarqué, depuis le début de nos recherches, qu’Orange est un partenaire quasi incontournable des startups qui se lance dans le digital ici.

Pour Oumar, le futur défi de la logistique régionale réside dans l’internationalisation. Il coûte aujourd’hui moins cher d’envoyer un courrier de Dakar à Paris que de Dakar à Bamako (Mali). Pourtant la sous-région est une Union Économique (et donc douanière), mais beaucoup de chemin reste à parcourir pour fluidifier les échanges.

OuiCarry héberge dans ses locaux les réunions de l’association des startups du Sénégal. Précurseur dans la nouvelle vague d’entreprenariat qui émerge, la société met en effet un point d’orgue à accueillir et aider les jeunes pousses dakaroises.

Nous avons passé un très bon moment et appris beaucoup de choses, qui nous seront très utiles dans le développement de notre projet. Merci OuiCarry, et bonne chance pour votre développement !

Edouard

Selfie avec Oumar Yam
Merci OuiCarry!