L’île Serpent

Lors de notre séjour au Sénégal en avril dernier, l’une des premières merveilles que nous avons découverts fut l’île Serpent. Cette île, avec l’île Lougne, fait partie d’un archipel situé au large de Dakar, les îles de la Madeleine.
C’est une île inhabitée de 45 hectares accessible en pirogue (traversée d’environ 10 min depuis Dakar). Les visiteurs doivent quitter l’île avant la tombée de la nuit.

Île aux serpents
Île Serpent
Île aux serpents
Île Serpent

Cette île rocailleuse est à la fois étonnante et envoûtante. Surtout, n’ayez aucune crainte! Elle ne regorge pas de serpents comme son nom pourrait le suggérer :). « L’île Serpent » n’est qu’une déformation de « l’îlot Sarpan », son véritable nom. Sarpan était un sergent rebelle de l’armée française hostile à l’autorité et exclu sur l’île en guise de sanction.

Baobabs nains_Île Serpent
Baobabs nains_Île Serpent
Baobab nain_Île Serpent
Baobab nain_Île Serpent

L’île abrite un écosystème varié avec plus de 101 espèces d’arbres dont le le tamarin ou encore le baobab nain, l’un des symboles de l’île. On y croise également de nombreux oiseaux tels que des grands cormorans, des balbuzards pêcheurs, des fous de Bassan et des phaétons éthérés ( « pailles en queue », l’autre l’emblème de l’île).

Pailles en queue_Île Serpent
Pailles en queue_Île Serpent
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Île Serpent

Nous y avons passé une journée magique, à arpenter ses roches et observer la faune. Si un jour vous êtes de passage à Dakar, n’hésitez pas à vous y arrêter!

Monia

La team Sénégal 2018_Île Serpent
La team Sénégal 2018_Île Serpent

 

Infos pratiques

  • Le départ de la pirogue se fait au Parc national des îles de la Madeleine (PNIM) situé sur la Corniche ouest, juste après la Cour de Cassation, dans la baie de Soumbédioune (marché aux poissons)
  • Prévoir des chaussures de marche
  • Entrée du parc : 1 000 F / pers (~1,5 €)
  • Le guide : 5 000 F / groupe de pers (~7,5 €)
  • Pirogue : 4 000 F / pers (~6 €)
  • Parasol (optionnel) : 2 000 F (~3€)

Références
http://www.au-senegal.com/parc-de-la-madeleine,013.html
https://www.ilovesenegal.sn/A-la-decouverte-de-l-ile-aux-serpents_a679.html
http://www.lesoleil.sn/2016-03-22-23-37-00/item/54141-parc-national-des-iles-de-la-madeleine-dans-l-antre-sacre-du-genie-protecteur-de-dakar.html

 

SENAR – Les Délices Lysa

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Lundi 16 avril, Dakar.

Ce matin nous décidons d’aller visiter les boutiques des transformateurs-trices que nous avions rencontré(e)s au Dakar Farmers Market. Et peut-être aurons-nous l’occasion d’en savoir plus sur les produits, en rencontrant celles et ceux qui les côtoient au quotidien. En effet, sur le marché il y avait foule et il n’était pas toujours évident d’avoir un échange approfondi.

Après quelques péripéties, nous arrivons à bon port et sommes introduits à l’intérieur du bâtiment. Puis nous sommes chaleureusement accueilli(e)s par Sylvie Sagbo Gommard, la directrice adjointe de LYSA & CO, qui porte la marque SENAR – Les Délices Lysa. Nous ne nous attendions pas à un tel accueil, et mieux qu’une visite en boutique, nous avons la chance de nous assoir autour de la table et d’échanger pendant une bonne heure sur l’histoire et les activités de LYSA & CO, sur le parcours de Sylvie et sur notre projet au Sénégal.

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Sylvie Sagbo Gommard, Directrice adjointe de LYSA & CO

LYSA & CO est une SA sénégalaise basée à Dakar et spécialisée dans la transformation et la commercialisation d’arachides, de noix de cajou et de maïs. L’histoire de la marque SENAR – Les Délices Lysa est une histoire familiale. En 1977, Lydie Sagbo, la mère de Sylvie, commence à vendre des arachides transformées devant chez elle. En 1982, elle crée la marque SENAR (SEnegal ARachide) et commence à commercialiser sa production dans les supermarchés de Dakar. En 1987, l’entreprise étend son offre avec la vente de noix de cajou et de pop-corn sous la marque Les Délices Lysa (pour LYdie SAgbo).

Sylvie part faire ses études en France puis y lance sa carrière professionnelle, dans le domaine de la finance de marché, puis plus tard de la restauration avec l’ouverture d’un restaurant en région parisienne. Elle n’en suit pas moins de près l’aventure entrepreneuriale de sa mère et s’implique dans le développement de SENAR – Les Délices Lysa. Sylvie nous parle avec passion de l’histoire de la société, et nous avons pu saluer sa maman qui a fait une courte apparition dans la pièce. Bravo à cette femme qui a mis tant d’efforts à bâtir et faire vivre sa société !

En 2015, Sylvie revient au Sénégal et reprend les rênes de l’entreprise. L’idée est de la faire rentrer dans une nouvelle phase de croissance, et de saisir tout le potentiel de la marque et de ses produits. En 2017, LYSA & CO est créé, et le fonds TERANGA CAPITAL investit dans l’entreprise. Une nouvelle unité de transformation devrait voir le jour fin 2018, afin notamment de répondre à une demande croissante. Cette nouvelle phase devrait aussi permettre à la société d’accélérer son développement commercial et de conquérir de nouveaux marchés à l’export. La qualité des produits devrait sans nul doute conquérir le cœur des consommateurs du monde entier ! En mars 2018, la société a remporté le Prix d’Encouragement du Salon de l’Agriculture à Paris.

Aujourd’hui les produits sont principalement commercialisés dans les chaînes de distribution sénégalaises (Citydia, Exclusive, Auchan, Casino…), les hôtels (ex : Novotel) et en vente directe (ex : le fameux Dakar Farmers Market !).

Produits SENAR
Un aperçu de la gamme SENAR- Les Délices Lysa

Après avoir écouté attentivement les explications de Sylvie, nous passons à une autre étape, et pas des moins agréables, la dégustation !! Tout en savourant un beurre de cajou 100% naturel, Sylvie nous explique l’ensemble du process, de l’approvisionnement en local de la matière première à la transformation et la commercialisation de ses produits. L’entreprise met un point d’orgue à respecter un processus artisanal de transformation (tri minutieux, cuisson au feu de bois, salage au cœur), et d’utilisation d’ingrédients 100% naturel, gage de qualité. Et cela se ressent en bouche, un vrai délice ! Nous en apprenons beaucoup sur le fruit de l’anacardier, appelé la pomme de cajou, avec lequel on peut faire des confitures et des jus. Et la fameuse « amande » ou noix de cajou, celle que l’on retrouve sur la table. C’est également l’opportunité d’en apprendre plus sur les contraintes à l’export et à l’import (Union Européenne) des produits alimentaires transformés au Sénégal.

Pomme de cajou
La pomme de cajou, et en dessous l’amande cachée sous sa coque

La gamme de SENAR – Les Délices Lysa est très large, et Sylvie a encore beaucoup d’idées dans sa botte secrète ! Nous avons aussi pu tester le délicieux cajoutella, les cajous pralinées au sésame (personnellement mon coup de cœur), à l’anis, au gingembre, les cajous grillées/salées et nature, et les cacahuètes grillées. Autant dire que nous ne sommes pas repartis les mains vides !

Un grand merci à Sylvie pour son accueil chaleureux et le temps accordé, ce fut un plaisir de pouvoir échanger sur sa société et ressentir son énergie entrepreneuriale communicative !

D’ailleurs si vous voulez suivre les aventures de SENAR – Les Délices Lysa et les dernières recettes, ça se passe ici.

« Croquez un jour, Craquez toujours! »

Edouard

 

Biosene

Produits Biosene

Mercredi 18 avril, Dakar.

On recherche avec obsession du beurre de karité…Oui mais pas n’importe lequel ! Il faut qu’il soit local et 100% naturel.
La mère et la grand-mère de Mathy nous mettent en garde : le beurre de karité généralement vendu au Sénégal provient du Mali ou du Burkina Fasso et il est difficile d’avoir une traçabilité sur le processus de transformation de la noix. Le « Dakar Farmers Market » fait alors écho dans nos têtes ! On récupère les flyers des standistes récoltés durant l’évènement et celui de l’entreprise Biosene fait mouche : « 100% naturel », « Free GMO »,  « Beurre de karité » … what else ?! Nous décidons d’en savoir plus sur l’entreprise et ses produits. Direction la zone industrielle Sodida à Dakar, au pied de la radio dunya !

Arrivés dans la boutique, nous demandons s’il est possible de rencontrer un(e) commercial(e). Très naturellement, notre hôtesse nous indique le 1er étage. Nous sommes alors chaleureusement accueillis par Mao BA, le directeur adjoint de la société, et Mme Mame Rokhaya FALL, une des commerciales.

Biosene est une entreprise familiale leader dans la production et la transformation des produits agro-alimentaires et cosmétiques au Sénégal. Les matières premières sont issues de la récolte et de la cueillette locale : moringa, karité, hibiscus, jojoba, pain de singe, coco, miel…
La gamme de produits est variée : compléments alimentaires sous forme de poudre, feuilles, gélules, mais aussi produits cosmétiques formulés en crèmes, huiles ou beurres. Leur leitmotiv : santé & beauté pour un « mieux vivre » et un « mieux-être » de nos consommateurs.

L’histoire de Biosene débute en 2005. A cette époque, l’entreprise, fondée par l’incroyable Mame Khary DIENE,  est connue sous le nom des Laboratoires Bioessence. C’est une PMI spécialisée dans la cosmétique naturelle et biologique et les compléments alimentaires naturels.

Mame Khary Diene
Distinctions obtenues par Mame Khary DIENE

A l’origine, les Laboratoires Bioessence proposent exclusivement du beurre de karité et de l’huile de baobab certifié bio. Puis la société se diversifie avec une gamme de produits agro-alimentaires. En 2017, Les laboratoires Bioessence sont renommés Biosene. C’est alors la petite-sœur de Mame Khary DIENE, Salamba DIENE, qui reprend les rênes de l’entreprise.

Salamba Diene
Salamba DIENE

Les produits viennent essentiellement de Kédougou (Sénégal oriental) et Kolda où la société collabore avec des GIE (Groupement d’Intérêt Economique) de femmes transformatrices. Biosene s’inscrit clairement dans une volonté d’aide aux femmes sénégalaises et joue un véritable rôle social.

Au Sénégal, les produits Biosene sont distribués dans plusieurs supermarchés tels que les Casino et le Sea Plazza à Dakar. A l’international, Biosene exporte en France, aux Etats-Unis, au Canada et en Asie. Leurs produits sont distribués essentiellement dans les boutiques exotiques, l’objectif de la société à moyen terme etant de pénétrer le marché du Bio.

Parmi les challenges que l’entreprise doit relever, on compte d’abord celui de l’exportation. Il n’est pas évident de faire des envois depuis Dakar en respectant les délais et la qualité de la livraison. La meilleure solution serait d’avoir des distributeurs dans les pays cibles. Une autre problématique est celle du packaging. Biosene importe une partie de leur emballage de France afin de pouvoir exporter leurs produits dans les normes. Le packaging est un problème global au Sénégal et un réel frein à l’exportation. Aujourd’hui, Biosene travaille sur la création d’un site e-commerce afin de valoriser leur gamme de produits naturels.

Nous avons craqués et sommes repartis avec du beurre de karité évidemment (objectif atteint !!!) mais également des savons, de la poudre de baobab et de moringa !
A travers Biosene, nous avons découvert un Sénégal exigent quand à la qualité de ses produits transformés, dynamique sur le point de vue de l’innovation produit, et engagé socialement à travers ses partenariat avec des GIE de femmes transformatrices.

Nous souhaitons à Biosene une bonne continuation pour tous leurs projets et nous avons hâte de pouvoir retrouver leurs produits en France dans les magasins Bio 😉

Monia

La qualité Biosene
Ils font confiance à Biosene

 

Ministère de la Santé: Cellule Santé Digitale

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Mardi 17 avril, Dakar.

Grâce à un contact audacieusement pris par Monia (merci Monia !!), nous avons réussi à avoir une entrée au Ministère de la Santé. Direction le Centre Hospitalier National Universitaire de Fann, où se trouve également le Ministère. Le centre dispose de plusieurs compétences (ORL, neurologie, neurochirurgie, cardiologie…) et est notamment pionnier pour son expertise en Afrique dans le domaine de la psychiatrie.

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Le Ministère de la Santé et de l’Action Sociale du Sénégal

Nous avons rendez-vous pour un entretien de 45min avec le Docteur Ibrahima DIA. Le Docteur DIA est Géographe de la Santé et enseignant chercheur associé à l’Université Cheikh Anta DIOP de Dakar et au CESAG. Il est aujourd’hui le Coordinateur de la Cellule de la Carte sanitaire et sociale et de la Santé digitale. Il est donc chargé de la Stratégie nationale e-santé (décidée fin 2016). Autrement dit, de la mise en place de tous les moyens digitaux (ex : téléconsultations) qui permettront aux populations isolées où dans le besoin d’avoir accès à la santé. Cette stratégie passe donc par l’utilisation des TIC ( Technologies de l’Information et de la Communication), en plein boom au Sénégal, et qui sont porteurs de grands espoirs pour résoudre certaines problématiques fondamentales du pays.

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La stratégie de e-santé fait partie du vaste chantier PSE (Plan Sénégal Émergent) lancé par le président Macky Sall en 2014

La Cellule du Dr DIA a donc un rôle politique d’encadrement de toutes les initiatives prises par le public et le privé (startups, ONG…), de sélection des meilleurs projets et idées, et enfin de pilotage de leurs mises en pratique. Une tâche titanesque ! Comme il tient à nous le préciser, le Ministère ne développera pas les solutions e-santé, mais définira un cadre juridique et réglementaire. La Stratégie devrait être signée et validée par le Ministre de la Santé très prochainement, et les premières consultations lancées dans la foulée.

Le Docteur nous a rappelé dans un premier temps son rôle dans la mise en place de la Carte Sanitaire 2016-2020 : l’organisation de l’offre de soins, c’est-à-dire la répartition de tous les centres de soins sur l’ensemble du territoire, dans un souci d’équité (accessibilité géographique).

Puis il nous a présenté, de façon claire et organisée, les différentes problématiques auxquelles fait face le Sénégal, et auxquelles le numérique peut apporter une réponse :

  • Le manque ou l’absence d’accès aux structures de soins (le Dr nous a notamment cité l’absence de pédiatres dans certaines zones reculées)
  • La difficulté de la maîtrise des stocks de médicaments une fois sortis de la pharmacie ou du centre de santé. Et donc la problématique de l’utilisation de médicaments périmés
  • Le manque de laboratoires d’analyse
  • Les naissances et les décès non déclarés
  • Le manque d’interconnexion entre les ambulances et les urgences. Une information transmise à temps en amont au service d’urgence qui accueille le patient permettrait de sauver plus de vies
  • Des systèmes d’information hospitaliers non uniformisés et non connectés entre eux
  • La difficulté à assurer la traçabilité du patient. Beaucoup de registres de patients sont encore tenus à la main dans les centres de santé. Nous avons eu l’occasion de nous en rendre compte en interviewant une infirmière au centre de santé de Fadiouth.
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Le centre de santé de Fadiouth (120km au sud-est de Dakar)

La tâche est certes conséquente, mais l’espoir est permis, notamment grâce au numérique. La télémédecine (par exemple la consultation d’un médecin à distance par l’intermédiaire d’une application ou d’une interface mobile) peut ainsi répondre au manque de médecins dans les zones isolées. Le Ministère de la Santé, prenant appui sur la forte pénétration du mobile dans la société sénégalaise, a déployé en 2016 le programme M-Diabète. Ce programme permet à des personnes diabétiques de recevoir des conseils par SMS pour gérer leur diabète au quotidien, mais également sensibiliser les personnes non-diabétiques. Il a connu un succès important avec 50 000 inscrits (on estime que 400 000 personnes sont diabétiques au Sénégal*).

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Le programme M-Diabète

Concernant le manque de laboratoires d’analyse, une solution envisagée est l’utilisation de drones pour la délivrance de médicaments en zones reculées, et le transport d’échantillons ou de poches de sang. Cette technique ne relève pas de la science-fiction et a été testée pour la première fois au Rwanda.

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La livraison de poches de sang par drones est depuis peu une réalité, ici au Rwanda (source: Le Monde)

Une meilleure efficience dans l’harmonisation des SI (systèmes d’information) des hôpitaux et centres de soins est également possible aujourd’hui avec des systèmes comme le DHIS2, qui permet une remontée d’information du niveau local au niveau national, et ainsi mieux appréhender les besoins. Utilisé dans 42 pays africains, ce logiciel libre peut être adapté aux besoins spécifiques de chaque pays.

La e-formation (ou e-learning) des personnels de santé est une autre utilisation possible des TIC. Le Dr DIA nous a en effet expliqué que des centres de santé ne disposant que d’un médecin chef souffraient de l’absence de ce dernier qui devait se déplacer pour se former. La formation à distance est donc une réponse efficace.

Nous n’avons certes pas couverts toutes les problématiques et solutions envisageables au cours de notre entrevue avec le Dr DIA, mais nous avons compris qu’une stratégie se basant sur les avantages du numérique (et faisant appel à tous les acteurs de la santé) pouvait changer la donne, au Sénégal et ailleurs.

Merci au Dr DIA pour son chaleureux accueil !

Edouard

*Site de l’OMS, http://www.who.int/features/2014/mobile-phones-diabetes-ramadan/fr/

 

Proplast Industrie

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Lundi 16 avril, Dakar.

Cette après-midi nous avons rendez-vous avec Macoumba DIAGNE, Directeur de PROPLAST INDUSTRIE et Manager du Cabinet ESPERE Sénégal. Nous sommes accueilli(e)s chaleureusement, comme à notre habitude, et nous nous asseyons autour de la table. L’entreprise PROPLAST INDUSTRIE se positionne à sa création comme le leader du recyclage de déchets plastiques au Sénégal.

Macoumba nous raconte dans un premier temps son parcours. Comptable de formation, il dispose d’une expérience en ingénierie financière et s’est ensuite spécialisé en développement durable. A l’issu de ses études il décide de monter un cabinet qui accompagne les porteurs de projets sénégalais (Centre d’Appui et de Promotion de l’Entrepreneuriat au Sénégal). C’est par ce biais qu’il effectue une formation en développement durable auprès du directeur France du Cabinet ESPERE. ESPERE est un bureau d’étude travaillant sur les thématiques du développement durable, du changement climatique (bilans carbone) et de l’accompagnement en RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises). Macoumba lui propose de créer une antenne au Sénégal, ce qui est chose faite en 2007.

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Macoumba DIAGNE, Directeur de PROPLAST INDUSTRIE

En travaillant sur les bilans carbone des entreprises locales, il prend connaissance du centre de traitement des déchets plastiques PROPLAST, alors financé et géré par l’ONG italienne LVIA. Grâce à un bilan carbone positif, le crédit carbone de PROPLAST est racheté par le cabinet ESPERE et l’argent redistribué aux 14 femmes travaillant dans le centre de traitement. Macoumba reconnaît la compétence des femmes et voit dans le centre une activité à fort potentiel, qu’il faut développer et professionnaliser. Il souhaite aussi mettre à profit sur le terrain ce qu’il a appris à travers ses formations. En s’associant à ESPERE (dont les membres acceptent de baisser leur masse salariale de 10% en France pour soutenir le projet !), Macoumba reprend l’activité de l’ONG et crée la SARL PROPLAST INDUSTRIE en 2010. Le centre de traitement est basé à Thiès (à 70 km de Dakar).

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Le centre de tri et de recyclage de Thiès

Un véritable travail de sensibilisation est effectué par Macoumba auprès des femmes du centre, afin d’emmener l’entreprise vers un modèle économique rentable. PROPLAST entame alors un partenariat avec la SIMPA (Société Industrielle et Moderne des Plastiques Africains), acteur majeur de l’emballage, qui rachète le plastique recyclé par le centre de Thiès. De 6T/mois collectées en 2011, PROPLAST passe à 30T/mois en 2014. Afin d’augmenter la productivité, il faut plus de plastique, et l’idée de RECUPLAST commence à germer. En communiquant massivement sur le fait que le plastique ne doit plus être considéré comme un « déchet » mais comme une ressource, le projet est lancé en 2015. RECUPLAST se veut être un système de réseau de collecte et point de vente pour acheter les déchets plastiques et vendre des produits issus du recyclage de ceux-ci. Une économie circulaire est ainsi créée autour du plastique. L’incitation financière (le particulier gagne de l’argent en déposant son plastique, le responsable du point de collecte en vendant des objets recyclés) est dans ce cas un excellent moyen de faire bouger les lignes. Aujourd’hui 8 points de collecte existent à Dakar, et l’objectif de RECUPLAST est de couvrir tout le territoire. Un partenariat avec Orange Money (système de paiement mobile très utilisé au Sénégal) est en cours, qui permettra de faciliter les transactions entre RECUPLAST et les utilisateurs.

Point de collecte
Un des points de collecte RECUPLAST

Le projet adresse deux problématiques essentielles au pays, que nous avons pu observer de nos propres yeux lors de nos voyages et déplacements : vider les rues et les champs des déchets plastiques ; et créer de l’emploi en embauchant des gens pour s’occuper des points de collecte. Le Ministre de l’Environnement sénégalais listait ainsi en 2017 tous les maux liés aux plastiques jetés dans la nature : « encombrement des caniveaux et des égouts, contribuant ainsi à la récurrence de déversement des eaux usées ou des inondations », « dégradation des terres de culture qui entraîne une baisse des surfaces agricoles, du taux d’infiltration et par conséquent la réduction du rendement agricole », « brûlage des déchets plastiques entraînant la production de polluants (…) tels que les dioxines furanes qui provoquent le cancer, l’irritation des yeux ainsi que des maladies cardiovasculaires et respiratoires », « mortalité accrue par indigestion et étouffement au niveau du bétail et de la faune due aux sachets plastiques* ». Sans compter l’impact touristique…

Pollution plastique

Pollution plastique
Un canal pollué de Dakar, en contact direct avec l’océan

L’activité de PROPLAST explose à partir de 2015 avec 120T de plastique collectées chaque mois. Le personnel du centre de traitement augmente en conséquence, de 25 à 240 personnes en l’espace de quelques années. La baisse du prix du pétrole en 2016 impacte l’activité, et le marché devient aussi plus concurrentiel. L’innovation apparaît alors essentielle : Macoumba lance la campagne « Une famille une poubelle », un projet de distribution d’un million de poubelle en partenariat avec la SIMPA (qui produit la poubelle), coûtant chacune 6000 CFA. Soit un projet de 6Mds CFA.

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Campagne « Une famille, une poubelle »

En 2016 est créé le label Waste&Hope, qui a pour objectif de valoriser les ressources plastiques inexploitées, et de répartir équitablement les revenus issus de cette valorisation. Waste&Hope soutient l’initiative PROPLAST et lui permet notamment de vendre ses granulés recyclés en Europe. (A noter également le projet Le Pavé, en collaboration avec PROPLAST).

PROPLAST a donc réussi à transformer le défi de la pollution plastique en opportunité. Macoumba nous confie que désormais, il reste à impliquer les populations et mettre en place un réseau formel et professionnalisé. Une nouvelle usine de traitement est actuellement en construction à Thiès !

Nous avons été impressionné(e)s par la force de caractère de Macoumba et sa volonté de faire bouger les choses, et nous souhaitons à PROPLAST une pleine réussite dans sa stratégie « Ensemble pour un Sénégal sans déchets plastiques » !!

Edouard

Photo collective

*Dakar-Echo.com, http://www.dakar-echo.com/senegal-sans-dechets-plastiques-un-partenariat-entre-tous-les-acteurs-en-vue-dune-gestion-durable/

YDK International Consulting

logo YDK International Consulting

Dimanche 15 avril, Dakar.

Dimanche matin, 11h, direction un restaurant branché dans le quartier des Almadies à Dakar, « Chez Fatou », pour échanger avec Maty N’Dome Kebe autour d’un brunch.
Maty dirige son propre cabinet de consulting, YDK International Consulting, qu’elle a fondé en 2017. Elle conseille et accompagne les entreprises internationales et locales souhaitant se développer au Sénégal, dans leur stratégie marketing et commerciale. Maty est diplômée de l’Ecole de Management de Lyon et possède plus de 15 ans d’expérience au sein de multinationales telles que Impérial Tobacco, Antalis ou encore Jeune Afrique.

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Chez Fatou avec Maty 🙂

Franco-sénégalaise, elle puise son inspiration dans sa multi-culturalité. Après avoir vécu plusieurs années en France, elle s’est installée à Dakar début 2017. Elle n’a pas songé immédiatement à l’entrepreneuriat et recherchait un poste dans son champ de compétences : le marketing et l’accompagnement commercial. Malheureusement, elle a été confrontée à la réalité du marché du travail au Sénégal et à la difficulté d’intégrer une entreprise.

Ce qui nous a frappés chez Maty, c’est son dynamisme et sa facilité à échanger et à communiquer. C’est justement grâce son aisance relationnelle et ses diverses rencontres qu’elle s’est vite rendue compte que les PME dakaroises n’avaient pas de structure marketing intégrée et qu’il y’avait donc un réel besoin à satisfaire. YDK International Consulting est alors né ! Son leitmotiv : « Construire l’Afrique ensemble »

Justement, au même moment, son ancien employeur Jeune Afrique la contacte pour l’accompagner dans l’organisation d’un évènement à Dakar. C’est le début d’une belle aventure ! Petit à petit, Maty se construit un réseau, à la fois composé de PME et de grandes entreprises. Elle a également intégré des réseaux d’entrepreneurs tels qu’ENABLIS. C’est d’ailleurs par cet intermédiaire qu’elle rencontre l’entreprise SENAR Les Délices Lysa avec qui elle collabore aujourd’hui (un article sur SENAR Les délices de Lysa, avec qui nous avons échangé, est en cours de préparation).
Quand nous rencontrons Maty, elle vient tout juste de finir un projet avec Women In Africa. C’est un club de femmes décideurs africaines crée par l’emblématique Aude de Thuin. C’est un réseau que nous envisageons d’intégrer lorsque nous aurons notre projet bien défini.

Nous avons également échangé sur les codes business au Sénégal. Le premier point important selon Maty c’est le professionnalisme et la qualité du service/produit rendu. Ici, le canal de communication prédominant est le « bouche à oreille » (plus important que les réseaux sociaux) : si on fournit un bon travail, le bouche à oreille se chargera de diffuser l’information ! Mais attention, cela est également valable si on fait du mauvais boulot !
Ensuite, il est impératif de toujours être en possession d’une carte de visite et de rester HUMBLE ! Maty a insisté sur ce dernier point. Il faut s’adapter à la culture locale et ne pas vouloir imposer la sienne.

Après cette entrevue, on en sait beaucoup plus sur une partie des challenges auxquels font face les entreprises présentes au Sénégal. Merci beaucoup à Maty pour sa disponibilité. Bonne continuation et nous te souhaitons d’atteindre l’ensemble de tes objectifs. Au plaisir de se recroiser !

Monia

OuiCarry

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Samedi 14 avril, Dakar

Aujourd’hui, direction le centre de Dakar pour une rencontre avec Oumar YAM, co-fondateur de la société OuiCarry. Armé(e)s de notre appareil photo caméra, de notre calepin et surtout de notre enthousiasme pour ce deuxième RDV entrepreneurial, nous arrivons avec 15min d’avance. Oumar nous réserve un accueil chaleureux et nous invite à s’installer dans son bureau. Auparavant il s’agissait de la salle de réunion, mais l’équipe s’étant rapidement agrandie au cours des deux dernières années, la pièce n’était plus adaptée !

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Oumar Yam, co-fondateur de OuiCarry

OuiCarry est une SAS fondée en 2012 par Oumar YAM, Youssou NDIAYE et Olab ADJOVI. Aujourd’hui, l’entreprise compte 20 personnes. Elle propose un service de livraison qui fait le lien entre des sites de vente en ligne internationaux et des particuliers au Sénégal, et désormais aussi des entreprises. Envie de cette robe vue sur le site de Zara ou de ce smartphone sur Amazon, mais impossible de se faire livrer directement chez vous au Sénégal ? Aucun problème, vous payez en ligne en mettant l’adresse de OuiCarry en France, en Chine, ou aux USA. Une fois livrée dans sa succursale parisienne, ou via ses partenaires chinois et américains, l’entreprise organise l’acheminement jusqu’à Dakar, puis distribue les produits à travers tout le Sénégal. Vous n’avez pas de carte bancaire ? OuiCarry vous encaisse le montant du prix de l’article en cash et vous payez la prestation logistique à la livraison en cash ou par Orange Money.

Oumar a effectué un Master en Economie, spécialité transport et logistique, à l’Université de Montpellier. Rentré au Sénégal dans la foulée, il a dans un premier temps crée avec Youssou la société Speed Mail Service (entre temps devenue PanExpress), qui faisait de la livraison au niveau local. Assez vite, ils souhaitent s’internationaliser et concurrencer les « grands » de la livraison présents sur place, comme DHL, Bolloré ou La Poste, qui pratiquent des prix rédhibitoires pour la plupart des sénégalais. Oumar se rend également compte qu’il ne peut plus effectuer aussi facilement les achats en ligne qu’il réalisait lorsqu’il vivait en France, et doit souvent attendre plusieurs semaines avant que quelqu’un puisse lui ramener le colis. L’idée commence alors à germer. Olab, basé sur Paris, cherche des partenaires présents au Sénégal. Dans un 1er temps le projet est de concurrencer les colis GP, le seul système permettant de se faire livrer des produits non disponibles au Sénégal et à un coût abordable. Mais il faut souvent attendre des semaines avant l’arrivée du particulier qui voyage et transporte le colis avec lui. Cependant le business model n’est pas viable, et Speed Mail décide de se spécialiser sur la clientèle e-commerce : OuiCarry est née !

A partir de Dakar, la société livre en 24-48h partout au Sénégal. Elle utilise sa propre flotte pour livrer à Dakar, et un sous-traitant pour livrer en région. Contrairement à ce qui est souvent dit du Sénégal, la principale problématique de livraison (du moins pour OuiCarry) n’est pas l’adressage. L’entreprise connait parfaitement le terrain et avec un numéro de téléphone, arrive toujours à trouver son client. La difficulté est plutôt du côté du paiement, avec des personnes qui doivent sortir de chez eux à l’arrivée du coursier pour trouver l’argent ou faire la monnaie au bout de la rue.

Divisée en 3 départements, Logistique, Finance et Commercial, c’est la partie service client qui est la plus importante, car beaucoup de chemin reste à parcourir pour sensibiliser les consommateurs sénégalais au e-commerce (certains clients viennent même dans les locaux de OuiCarry pour décrire le produit qu’ils recherchent, car ils ne savent pas utiliser l’ordinateur et internet). Pour Oumar, c’est la principale force de OuiCarry, en plus de l’assurance transport proposée en cas de perte ou de casse.

Une partie de l'équipe de Ouicarry à Dakar
Une partie de l’équipe de OuiCarry à Dakar

Depuis 2012, 4000 personnes ont déjà utilisé le service, dont un grand nombre de « fidèles ». Les produits commandés sont principalement du textile (habits et chaussures) et de l’électronique. La majorité des commandes sont faites par e-mail, et le paiement réalisé en cash (90% des commandes). Les principales zones de consommation correspondent aux pôles universitaires (Dakar, Saint Louis, Ziguinchor et Touba) et à la ville de Saly (lieu de résidence de nombreux expatriés).

OuiCarry prévoit de se développer sur l’Afrique de l’Ouest. Le marché sénégalais est en effet encore trop petit pour qui compte réellement développer son business. L’internationalisation est donc une nécessité, même pour un marché de niche. L’entreprise a déjà testé son système au Mali, au Togo, au Bénin et en Côte d’Ivoire. Pour Oumar, une présence sur place nécessiterait une seconde levée de fonds (après une première levée début 2017, effectuée auprès de Teranga Capital). Une des principales problématiques au Sénégal reste la fiscalité des entreprises, assez lourde (on peut citer la patente, taxe sur les loyers qui va bientôt passer de 10 à 15%) ; pour faire simple, l’Etat ne fera pas de différence entre une startup qui n’est pas encore rentable et un grand groupe qui fait des bénéfices.

La société a démarré sa communication, comme de nombreuses startups ici, en misant sur Facebook et le bouche à oreille. Puis elle a élargi sa com avec un blog, une newsletter et en optimisant son référencement. Selon Oumar,  la principale difficulté est de trouver des compétences qui permettent de réaliser une com ciblée directement sur la clientèle visée par OuiCarry, dans la mesure où la société est un intermédiaire.

Parmi ses partenaires clés, OuiCarry compte la Sonatel (Orange), dont elle a remporté le prix Orange Fab en 2016. Cela lui a permis d’occuper des locaux dédiés et de bénéficier d’une importante visibilité, de conseils pour professionnaliser la startup, ainsi que d’un large carnet d’adresse. Nous avons en effet remarqué, depuis le début de nos recherches, qu’Orange est un partenaire quasi incontournable des startups qui se lance dans le digital ici.

Pour Oumar, le futur défi de la logistique régionale réside dans l’internationalisation. Il coûte aujourd’hui moins cher d’envoyer un courrier de Dakar à Paris que de Dakar à Bamako (Mali). Pourtant la sous-région est une Union Économique (et donc douanière), mais beaucoup de chemin reste à parcourir pour fluidifier les échanges.

OuiCarry héberge dans ses locaux les réunions de l’association des startups du Sénégal. Précurseur dans la nouvelle vague d’entreprenariat qui émerge, la société met en effet un point d’orgue à accueillir et aider les jeunes pousses dakaroises.

Nous avons passé un très bon moment et appris beaucoup de choses, qui nous seront très utiles dans le développement de notre projet. Merci OuiCarry, et bonne chance pour votre développement !

Edouard

Selfie avec Oumar Yam
Merci OuiCarry!